À l’heure où les organisations naviguent entre CRM, ERP, SIRH, tableaux de bord et API en tous genres, une question revient comme un fil rouge : où est la vérité ?
Pas la vérité métaphysique.
Pas non plus la vérité juridique.
Mais celle, plus discrète, qui régit les décisions quotidiennes : la vérité des données. Celle sur laquelle on s'appuie pour décider.
Dans un système d’information complexe, la source de vérité (ou Single Source of Truth) désigne l’endroit où une donnée est considérée comme officiellement valable. Plus précisément le système, le champ, le modèle ou même l'équipe qui en porte la responsabilité. C’est là qu’elle est créée, mise à jour, et qu’elle fait autorité.
Mais cette définition, en apparence simple, soulève rapidement des paradoxes.
Un système, plusieurs vérités… mais jamais pour la même chose
On imagine parfois qu’il faudrait une seule source de vérité globale. Un “grand livre” unique des données.
Mais ce fantasme d’unicité ne résiste pas longtemps à la réalité.
En vérité, ce n’est pas le nombre de sources qui importe, mais la clarté des rôles.
Si une donnée peut être utilisée dans plusieurs systèmes, elle ne doit être maîtrisée que dans un seul.
Ainsi, il est non seulement possible, mais souhaitable, d’avoir plusieurs sources de vérité, à condition que chaque donnée ait une origine unique, explicite et légitime.
Quand les outils se parlent, la confiance se construit
Cette vision distribuée appelle à une autre posture : concevoir le système non comme une machine fermée, mais comme un écosystème de responsabilités numériques. Chaque système joue un rôle dans la chaîne de vérité.
Le CRM est responsable de la relation.
L’ERP porte la trace des transactions.
L’outil analytique, lui, fédère, sans prétendre gouverner.
C’est tout l’enjeu d’un entrepôt de données ou d’une plateforme BI : croiser les données sans les trahir. Traduire, sans usurper. Exposer, sans distordre.
Vérité, alignement et mémoire partagée
Pourquoi tant d’efforts pour une simple “source” ?
Parce qu’une vérité mal placée engendre des conflits :
Deux versions d’un chiffre.
Des décisions prises sur de fausses prémisses.
Des réconciliations constantes, toujours manuelles.
La source de vérité est une boussole.
Elle permet aux systèmes de rester alignés.
Elle garantit que ce que l’on voit, ce que l’on analyse, ce que l’on décide… repose sur une base stable.
Ce n’est pas un luxe technique.
C’est une condition de cohérence collective.
En guise de repère
Si vous travaillez à faire dialoguer plusieurs outils, à structurer vos flux d’information, à bâtir un socle analytique solide… alors posez-vous ces questions :
Qui détient la vérité de cette donnée ?
Pourquoi ?
Et qui en dépend ?
C’est là que commence l’architecture d’un système réellement vivant.